Yom Ha Shoah : le souvenir doit avoir un sens

MercadoSultana

Je voudrais vous parler aujourd’hui de mes arrières grand-parents. Ils s’appelaient Mercado et Sultana Cohen. Ils habitaient à deux pas de chez moi, Boulevard de Courcelles dans le 17e arrondissement de Paris.

Je n’ai jamais eu la chance de les rencontrer mais mon grand cousin Marcel habitait dans le même immeuble qu’eux avec ses parents et sa petite soeur.

Grâce à Marcel, je sais que mes arrières grand-parents avaient 4 fils : David (mon grand-père), Joseph, Jacques et Roger.

Marcel raconte que mon arrière grand-père avait engagé une bonne à tout faire au début des années 30 qui avait du arrêter l’école pour travailler. « Mercado fut indigné qu’on ait pu retirer une enfant de l’école à 14 ans pour en faire une bonne à tout faire chez lui. […] Mercado la fit immédiatement réinscrire à l’école. Sans doute, Annette fut la seule bonne à être logée, nourrie, et payée pour être absente la majeure partie du jour. ».

Malgré une situation de plus en plus angoissante pour les français juifs, mon arrière grand-père ne voulait pas quitter son appartement ou se cacher. Il disait « Seuls les voleurs et les assassins songent à se cacher ». Un samedi, le 14 aout 1943, alors que Marcel était en balade au parc Monceau avec Annette, la police française arrêta Mercado ainsi que toute sa famille : Sultana, Jacques et Marie (les parents de Marcel), Monique (sa petite soeur de 3 mois), et Joseph.

Voici un extrait du témoignage de Marcel dans son livre « Sur la scène intérieure : Faits » :

Le 14 aout 1943, lorsque la police avait fait irruption dans l’appartement, nous nous trouvions au parc Monceau, Annette et moi. La concierge nous avait vu sortir et elle avait vu entrer la police. Nous ne tarderions pas à revenir du parc : la concierge se planta devant l’entrée de l’immeuble pour nous en interdir l’accès. Elle ne voulait pas non plus que nous restions aux abords immédiats. C’est donc depuis le trottoir d’en face que nous avons vu la famille monter dans un camion. Nous avons très bien compris le petit geste de Marie qui, dans le dos des policiers, et comme la concierge nous enjoignait de nous éloigner.

Mercado Cohen, Sultana Cohen, Jacques Cohen, Joseph Cohen sont morts en déportation (Convoi n°59 du 2 septembre 1943).
Marie Cohen et Monique Cohen sont mortes en déportation (Convoi n°63 du 17 décembre 1943).

Aujourd’hui, c’est le jour de Yom Ha Shoah, le jour du souvenir. Je pense aux 6 millions de juifs qui, comme cette partie de ma famille ont vécu cette tragédie.

Les mots de mon arrière grand-père qui montrent qu’il n’avait pas conscience de la gravité de la situation en refusant de se cacher ont une raisonnance particulière aujourd’hui.

Comme Marcel, qui avait 4 ans à l’époque, mon fils Noah – qui a le même âge aujourd’hui – va aussi regarder les canards du petit lac du parc Monceau avec sa mère. Il n’est pas question que qui que ce soit menace la tranquillité de ces moments.

Alors que d’une part l’antisémitisme ne cesse de monter au sein d’une certaine catégorie de français et que d’autre part la France a récemment voté à l’UNESCO une résolution qui vise à effacer l’histoire juive de Jerusalem, notre mobilisation doit être sans équivoque. Le souvenir doit avoir un sens, celui de faire en sorte que d’une manière ou d’une autre, l’histoire ne se répète pas.